Quand arrivent les citrons
Les arbres de Menton donnent toute l’année, et c’est la récolte d’hiver qui vaut l’attente.

Chaque maison que nous tenons a au moins un citronnier, et la plupart en ont trois ou quatre que personne n’a plantés exprès. C’est la signature de la ville et son locataire le plus fidèle : en fleur un mois, en fruit le suivant, et jamais tout à fait sans l’un ni l’autre. Un invité en août trouvera des citrons sur l’arbre. Ce ne sont pas les bons.
Le citron de Menton est un fruit d’hiver. La récolte qui compte se forme à l’automne et arrive à partir de décembre, à peau épaisse, lourde, plus douce qu’un citron n’a le droit de l’être, et la ville lui consacre une fête en février pour de bonnes raisons. Le fruit d’été est plus fin, plus acide et plus rare, et l’arbre se repose surtout.
C’est pourquoi, quand un arbre est chargé en hiver et qu’une maison est vide, le jardinier cueille. Une cagette part à la porte de la cuisine, une ligne part dans le Rapport, et le propriétaire qui arrive à Pâques trouve dans le réfrigérateur un bocal de confit qui a le goût de son propre jardin, un mois où il était ailleurs. C’est peu de chose. C’est aussi tout l’intérêt de tenir une maison plutôt que de la surveiller.
Les arbres eux-mêmes demandent très peu : de l’eau pendant les mois secs, une main légère au sécateur au printemps, et une protection contre la seule chose qu’ils ne supportent pas, un gel dur. Cela n’est pas arrivé depuis des années. Nous gardons le voile d’hivernage dans la remise quand même.